Tentons d'apporter quelque lumière...
Selon les statistiques policières de criminalité (chiffres de 2014 à 2018), sur un nombre total moyen de 911.805 faits rapportés par an, ce qui n'est donc qu'un aperçu partiel des phénomènes criminels [1] étudiés, puisqu'ils ne tiennent pas compte de la plus ou moins grande importance du chiffre noir [2], on recense [3] :
- 37.480 faits VIF [4] dans le couple, dont :
- 20.848 faits de violence physique ;
- 132 faits de violence sexuelle ; et
- 16.500 faits de violence psychique ;
- 4.472 faits VIF envers des descendants, dont :
- 3.291 faits de violence physique ;
- 582 faits de violence sexuelle ; et
- 599 faits de violence psychique ;
- 5.087 faits VIF envers d'autres membres de la famille, dont
- 4.151 faits de violence physique ;
- 66 faits de violence sexuelle ; et
- 870 faits de violence psychique ;
- 38.919 faits de violence physique dans l'espace public, dont :
- 1.467 faits dans les transports publics (y compris les gares) ;
- 25.793 faits commis sur la voie publique ;
- 1.493 faits commis dans les autres lieux publics (parcs, places, etc.) ; et
- 10.166 faits commis dans les endroits accessibles au public (magasins, horeca, etc.) ;
- 3.932 faits de violence sexuelle dans l'espace public, dont :
- 347 faits dans les transports publics (y compris les gares) ;
- 1.886 faits commis sur la voie publique ;
- 471 faits commis dans les autre lieux publics (parcs, places, etc.) ; et
- 1.228 faits commis dans les endroits accessibles au public (magasins, horeca, etc.) ;
- 28.356 faits de violence psychique dans l'espace public, dont :
- 1.434 faits dans les transports publics (y compris les gares) ;
- 17.255 faits commis sur la voie publique ;
- 1.775 faits commis dans les autres lieux publics (parcs, places, etc.) ; et
- 7.892 faits commis dans les endroits accessibles au public (magasins, horeca, etc.);
- 213 faits relatifs à des viols collectifs ;
- 406 faits de voyeurisme par ICT [5] ;
- 155 faits de grooming [6] ;
- 85 faits de cyberlokking [7] ;
- 103 faits de pornographie enfantine via ICT [8] ;
- 8.006 faits de cyberharcèlement [9].
Au vu de ces chiffres, on notera malgré tout déjà l'importance non négligeable des faits de violence psychique (54.331 faits rapportés, soit un pourcentage de 5,96), qu'ils se soient produits dans la sphère intrafamiliale, sur la toile ou dans l'espace public, notamment les faits commis sur la voie publique ou dans le couple (menaces ou harcèlement pour l'essentiel). Toutefois, ils restent trop souvent bien difficiles à prouver ou à démontrer, hormis les cas où ils sont commis via des moyens ICT (sms, mails, etc.), et reçoivent de ce fait assez fréquemment un classement sans suite, car il s'agit généralement de la parole de l'un (la victime présumée) contre la parole de l'autre (l'auteur présumé). On constatera également un nombre très légèrement supérieur, mais néanmoins relativement faible, de procès-verbaux rédigés pour des faits de violences sexuelles commis dans les espaces publics tels que les parcs ou places publics par rapport aux faits commis dans les transports en commun et y compris les gares [10].
S'agissant de violences psychiques, intéressons-nous maintenant plus particulièrement aux pervers [11] narcissiques [12], personnalités qui plaisent au départ par leur côté charmeur ou flatteur, mais qui sont vite capables de faire subir à leurs victimes les pires sévices psychologiques. La stratégie mise en place consiste à faire entrer leurs victimes dans une spirale infernale de culpabilisation et de dévalorisation, voire d'humiliation, et de justement leur faire croire, en niant avec le plus grand aplomb leur moindre responsabilité, que le problème vient d'elles et de leur propre fonctionnement et qu'il n'y a dès lors, selon eux, pas le moindre abus psychologique avéré.
Selon Bernard Milicamps [13], psychologue et psychothérapeute, « stratège de la manipulation, le pervers narcissique veut une emprise totale et infinie sur l'autre, quitte à le détruire » Et d'ajouter, « c'est un vrai tortionnaire affectif (...) Rien à voir avec des petites manipulations que nous avons tous, un jour, essayé d'exercer sur nos proches ; rien à voir non plus avec les disputes de couples où les mots dépassent la pensée et blessent. Non, le pervers narcissique fait mal... très mal ! »
C'est au psychanalyste Paul-Claude Racamier, qui, dirigeant une institution pour psychotiques, a pu observer que certains schizophrènes passaient d'états délirants à une personnalité où prédominaient les mécanismes narcissiques et pervers, que l'on doit, dès 1980, la première synthèse théorique de la perversion narcissique où il lui donne une description clinique avant de l'aborder sur le plan métapsychologique. Pour le pervers narcissique dominent « le besoin, la capacité et le plaisir de se mettre à l'abri des conflits internes et en particulier du deuil en se faisant valoir au détriment d'un objet manipulé comme un ustensile et un faire-valoir ». Ou encore, « il n'y a rien à attendre de la fréquentation des pervers narcissiques, on peut seulement espérer s'en sortir indemne. » [14]
La capacité d'aimer l'autre est déficiente chez les pervers narcissiques, et comme le souligne Alberto Eiguer, « ils sont émotionnellement froids, anesthésiés à la souffrance ». Il ajoute que le Moi grandiose cache un « sentiment d'infériorité et de dépendance excessive vis-à-vis de l'admiration et des approbations extérieures » [15].
Le pervers narcissique va de manière intuitive repérer les failles chez l'autre et va lentement, pas à pas, assujettir et asservir cet autre de manière insidieuse et avec une habileté remarquable. En une certaine manière, il « comble ses failles narcissiques du narcissisme de l'autre », de sorte qu'il engendre chez ce dernier une perte de confiance et une totale dépendance envers lui-même [16].
Pour Marie-France Hirigoyen, psychiatre, psychanalyste et psychothérapeute, « les pervers narcissiques culpabilisent à outrance leur proie, ne supportent pas d'avoir tort, sont incapables de discussions ouvertes et constructives ; ils bafouent ouvertement leur victime, n'hésitant pas à la dénigrer, à l'insulter autant que possible sans témoins, sinon ils s'y prennent avec subtilité, par allusions, tout aussi destructrices, mais invisibles aux regards non avertis. » Et d'ajouter, « comme les vampires, le Narcisse vide a besoin de se nourrir de la substance de l'autre. Quand il n'y a pas la vie, il faut tenter de se l'approprier ou, si c'est impossible, la détruire pour qu'il n'y ait de vie nulle part » [17].
Dès lors que la dangerosité de cette personnalité manipulatrice n'est plus à démontrer, il semble primordial de s'en préserver, de sorte que pour vivre heureux et en harmonie avec ceux que l'on aime, il peut parfois s'avérer nécessaire de se libérer des mauvaises influences énergétiques qui nous entourent et des relations toxiques qui nous vampirisent, de mettre un terme à certains liens, de s'affranchir de telles relations néfastes, pour nous permettre d'aller de l'avant et de nous épanouir pleinement !

[1] Aussi désignés sous le nom de figures criminelles, il s'agit de faits qui ne sont pas repris tels quels dans le Code pénal mais qui sont le résultat, outre de l'infraction proprement dite, d'une combinaison d'entités différentes comme l'objet, le moyen de transport utilisé, la destination du lieu (lieu où le fait a été commis) ou encore le modus operandi (manière dont le fait a été commis).
[2] Le dark number, en anglais, désigne les faits qui ne sont pas connus des services de police, mais pour lesquels le Moniteur de sécurité, de par l'enquête menée auprès des citoyens, tente de faire une certaine estimation. En effet, les évolutions des statistiques de criminalité reflètent non seulement la réalité d'un phénomène criminel mais également la propension des victimes à déposer plainte.
La dernière enquête du Moniteur de sécurité s'est déroulée auprès des citoyens belges entre mars 2018 et mai 2018 et a obtenu un taux de participation de 36,2 %, soit 168.206 réponses pour un total de 465.168 courriers envoyés (voir www.moniteurdesecurite.policefederale.be/moniteurdesecurite/2018). D'après celle-ci, « les déclarations les plus basses, et donc le plus haut taux de chiffres noirs, sont celles de l'atteinte aux mœurs (17 %) et de l'intrusion dans un ordinateur ou smartphone (14 %) ». Et s'agissant de l'atteinte aux mœurs, on notera que c'est justement dans la tranche d'âge 15-34 ans, la plus touchée par le phénomène, que l'on est le plus réticent à déposer plainte lorsqu'un tel fait se produit (entre 13 et 14 % de déclarations seulement), sans doute par peur de devoir se confier ou par crainte de représailles, ainsi qu'en raison d'un faux sentiment de culpabilité ou lorsque les faits se passent dans la sphère intrafamiliale.
[3] Pour les données des statistiques policières de criminalité publiées chaque trimestre pour la Belgique par la Police fédérale - DGR/DRI/Bipol, voir www.stat.policefederale.be/statistiquescriminalite.
[4] Abréviation pour violence intrafamiliale.
[5] Infraction à l'article 371/1 CP (abrogé et remplacé par l'actuel article 417/8 CP entré en vigueur le 1er juin 2022) : observation et/ou enregistrement et/ou diffusion d'enregistrements mettant en scène la nudité ou l'intimité d'une personne sans son accord ou à son insu (moyenne annuelle effectuée pour les années 2016 à 2018).
[6] Infraction à l'article 377quater CP (abrogé et remplacé par l'actuel article 417/24 CP entré en vigueur le 1er juin 2022) : délit qui consiste à proposer, par l'utilisation des moyens ICT, une rencontre à un mineur âgé de moins de 16 ans, afin de commettre une infraction à caractère sexuel (moyenne annuelle effectuée pour les années 2016 à 2018).
[7] Infraction à l'article 433bis/1 CP : délit qui consiste à entrer en communication avec des mineurs par des moyens ICT en usant de la ruse ou du leurre, en insistant sur la discrétion des échanges ou en faisant miroiter un avantage quelconque, en vue de faciliter la perpétration à son égard d'un crime ou d'un délit (moyenne annuelle effectuée pour les années 2016 à 2018).
[8] Infraction à l'article 383bis CP (abrogé et remplacé par les articles 417/43 à 417/47 CP repris sous l'entité Des images d'abus sexuels de mineurs et entrés en vigueur le 1er juin 2022) : accéder par des moyens ICT à du matériel pédopornographique (moyenne annuelle effectuée pour les années 2016 à 2018).
[9] Harcèlement et menaces par internet (via les réseaux sociaux, forums, chat, mails etc.) ou par téléphone.
[10] A noter que les chiffres relatifs au 1er semestre 2019 montrent néanmoins l'inverse, avec 210 faits de violence sexuelle perpétrés dans les transports en commun pour seulement 184 faits recensés dans les autres endroits publics, ce qui peut s'expliquer en partie par une « délocalisation » partielle de tels faits au fil des saisons, mais d'autres facteurs peuvent évidemment jouer. On notera par contre une certaine stabilité des chiffres relatifs au cyberharcèlement, avec 3781 nouveaux faits toujours pour ce 1er semestre 2019.
[11] Du latin perversus (de per et de versus tourné) qui désigne celui qui inverse, renverse ou retourne. Le Petit Robert définit le pervers comme une « personne qui présente une déviation des instincts élémentaires, qui accomplit des actes immoraux, antisociaux ».
[12] Dans la mythologie grecque, Narcisse est un chasseur originaire de Béotie, issu des amours de la nymphe Liriope et du dieu fleuve Céphise. Mais c'est dans le Livre III des Métamorphoses d'Ovide très largement inspirées d'auteurs grecs que l'histoire la plus détaillée de la vie de Narcisse nous est rapportée. C'est ainsi que l'on apprend qu'un jour, après une rude journée de chasse, Narcisse aperçoit son propre reflet alors qu'il s'abreuve à une source, et en tombe profondément amoureux.
Le narcissique a ainsi un grand besoin d'être admiré et s'attend à être reconnu comme supérieur.
La personnalité du pervers narcissique (2 à 3 % de la population) désigne dès lors, en psychopathologie, une personnalité marquée à la fois par un narcissisme exacerbé et des traits de perversion.
Le manuel de psychiatrie DSM-5 décrit le profil du trouble de personnalité narcissique selon huit critères différents, à savoir : 1. Sens grandiose de sa propre importance. 2. Absorbé par des fantaisies de succès illimité, de pouvoir, de splendeur, de beauté et d'amour idéal. 3. Sentiment d'être spécial, de n'être admis ou compris que par des institutions ou des gens spéciaux. 4. Besoin excessif d'être admiré. Tout lui est dû. 5. Exploite les gens pour arriver à ses fins. 6. Manque d'empathie, ne peut reconnaître les émotions et les sentiments d'autrui. 7. Envie les autres, et croit que les autres l'envient. 8. Arrogant, hautain (mépris).
[13] Bernard Milicamps, Traiter la Manipulation et la Perversion narcissique avec l'aide d'un psychologue à Namur, in www.bernardmilicamps.be/domaines-intervention-therapies-psychologue-agree-sexologue-namur/traiter-manipulation-perversion-narcissique.
[14] P.-C. Racamier, Cortège conceptuel, Ed. Apsygée, Paris, 1993.
[15] A. Eiguer, Le pervers narcissique et son complice, Ed. Dunod, Paris, 2012.
[16] E. Gallard, Pervers, perversion et perversité, in www.lareponsedupsy.info/Perversion.
[17] M.-F. Hirigoyen, Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien, Ed. Syros, Paris, 1998.
