Le Petit Chaperon noir

Il était une fois, il n'y a pas si longtemps, une jeune fille au doux prénom de Fentanie qui adorait les tatouages et les piercings et aimait paraître tout de noir vêtue. Issue d'une famille relativement aisée et respectée, elle ne manquait de rien, mais ne bénéficiait pas, de la part de ses parents fort pris par leur profession libérale, de toute l'attention requise qui sied à une jeune adolescente un peu rebelle.
Dotée d'une beauté naturelle et d'une élégance rare, elle appartenait à une communauté du mouvement gothique [1] fort active sur les réseaux sociaux et appréciait porter, lorsqu'elle était de sortie, un chaperon [2] noir qu'il lui allait si bien, de sorte que tous les gens du village finirent par ne plus prononcer son nom, lui préférant assurément un surnom empreint de réserve et de mystère, Le Petit Chaperon noir. Rêveuse et mélancolique, elle recherchait, en se connectant à son ordinateur et en participant en particulier à des jeux en ligne, à tromper l'ennui et à s'échapper de sa solitude et de son isolement.
Un jour, alors qu'insouciante, elle discutait nonchalamment avec un contact virtuel actif depuis longtemps sur le groupe GO2gHbIQUE et portant le pseudonyme de Romulus [3], elle se vit proposer, après avoir répondu à des questions vraiment très personnelles que même son propre frère ne se serait jamais permis de poser, de se rendre à un rendez-vous à seulement une trentaine de minutes à pied de chez elle dans le petit village voisin situé à l'orée de la forêt:
- « Prends juste un morceau de fromage, un quignon de pain et une bonne bouteille de vin et viens me retrouver sans tarder, je viendrai à ta rencontre et nous pourrons alors pique-niquer dans le bois ! Ne dis pas à tes parents que tu viens me rejoindre, ne les tracasse pas inutilement, dis-leur plutôt que tu veux faire une surprise à ta grand-mère qui t'a fort manqué durant la période de confinement. Et surtout ne te détourne pas du chemin avant de m'avoir trouvé ! »
- « Je ferai comme tu dis et me dépêcherai en chemin, car j'ai bien trop envie d'apprendre à te connaître et à partager un bon moment de détente auprès de toi », promit le Petit Chaperon noir.
C'est ainsi que munie d'un petit panier en osier, le Petit Chaperon noir, plus par excitation que par fidélité à sa promesse, entra avec empressement dans le bois sans que le moindre iota de peur ne vienne perturber son ingénuité ni sa témérité. Elle répétait inlassablement le même air connu aux paroles légères et quelque peu éloignées de la chanson originale :
« À la claire fontaine, hier soir après dîner,
Y'avait trois capitaines qui m'ont dé...
Et là sous la verdure, tous les trois ...
M'ont glissé leur ... .
Il y a longtemps que je... » [4]

Tout à coup, comme sorti de nulle-part, apparut soudain, lentement, tel un aigle aux ailes déployées tournoyant dans le ciel [5], un monsieur sans âge, sapé d'une chemise sombre, sans manches, et d'un pantalon usé, qui, d'un air goguenard, l'interpella, apparemment charmé, fasciné même à la vue de la jeune fille :
- « Hé, bonjour Petit Chaperon noir, que ta grâce embellit ces lieux ! », dit l'homme qui prétendait se prénommer Rémus [6].
- « Merci à vous, mais je ne pense pas vous connaître », répondit le Petit Chaperon noir, tout de même un peu surpris.
- « Toi peut-être pas, mais moi oui, et où te rends-tu comme cela d'un pas si pressé et surtout avec un tel enjouement ? »

Après une courte hésitation, le Petit Chaperon noir lui dit :
- « Je vais porter quelques vivres à ma grand-mère qui habite une petite maison au toit de chaume située à l'ombre d'un vieux chêne et d'un vieil orme à l'autre bout du bois. »
- « Ce n'est pas beau de mentir, mais passons... [7] Que dirais-tu de passer un peu de bon temps avec moi ? Regarde comme la forêt est magnifique dans son écrin de fleurs et de verdure et écoute le chant si spécial de la mésange huppée, du geai des chênes ou du roitelet et le martèlement du pic épeiche. Rien de tel pour passer un moment bien agréable tous les deux. Et puis ce ne sont pas les endroits discrets qui manquent ici ! »
- « C'est que je ne souhaite pas m'attarder et puis je vous trouve bien hardi ! »
- « Détrompe-toi sur mes réelles intentions, jeune fille. »

Illustration de Gustave Doré de 1867.
L'homme réfléchit un instant, l'esprit troublé par tant de jeunesse, de grâce et de beauté, qu'il n'avait qu'une seule idée en tête : se jeter sur elle pour lui faire son affaire et, de ce fait, calmer les pulsions qui le tiraillaient. Mais revenu soudain à la raison, « Il faut se montrer malin », se dit-il, « si tu veux réussir à l'avoir sous ton joug [8] ! » Et il ajouta :
- « Puis-je te confier un secret [9], Petit Chaperon noir ? »
- « De quel genre de secret comptez-vous m'entretenir ? », s'étonna la jeune fille.
- « Je me dois de t'avouer que tu es mon véritable coup de cœur », - « à côté de la précieuse Sabine [10], de l'inaccessible Coraline [11], de la sage et envoûtante Sophie [12], de la désarmante Véronique [13] et de tant d'autres encore », songea-t-il, mais il se garda bien de le lui dire, du moins pour l'instant [14] -, « et depuis que je t'ai vue, l'été dernier, te baigner dans la rivière, je n'arrête pas de penser à toi, de jour comme de nuit. Tu es devenue ma raison d'être, ma seule raison d'exister ! »
L'homme qui avait fait un bout de chemin en compagnie de la jeune adolescente s'arrêta soudain, faisant mine de devoir reprendre son souffle, avec pour unique espoir que, ses confidences ayant porté leur fruit, la jeune fille allait l'attendre, mais celle-ci ne se troubla point et continua son chemin, se contentant de lui faire un petit signe amical de la main en guise d'au revoir.
Quittant le sentier précipitamment après être revenu un instant sur ses pas, Rémus s'avança alors dans les sous-bois pour aller chercher son baluchon qu'il avait pris la précaution de cacher avant la douce apparition de la jeune fille, se changea et se recoiffa à la hâte, enleva ses lunettes, les déposa dans un petit boîtier qu'il plaça délicatement au fond du sac aux côtés d'un tire-bouchon, ainsi que le peigne et ses vieux vêtements ; il recouvrit alors le tout d'un drap qui lui servirait bientôt de nappe, puis partit en quête du raccourci que son père lui avait un jour montré, il y a bien longtemps, lorsqu'ils avaient tous deux été surpris par l'orage, un ancien sentier sur lequel la végétation avait repris çà et là le dessus et qui était censé lui permettre de rattraper rapidement le Petit Chaperon noir.

Lorsqu'il parvint enfin à sa rencontre, il le salua à la façon d'un gentleman, le visage traversé par un large sourire et dévoré par une barbe de plusieurs jours.
Une sensation bizarre envahit aussitôt la jeune fille, mais elle arriva à masquer assez bien sa surprise et le salua à son tour.
- « Bonjour Romulus [15] », lui dit-elle, « heureuse d'enfin pouvoir faire ta connaissance ! »
- « Moi aussi », lui répondit-il, « tu sais que je t'aime, que je t'adore ! »
- « Oui, mais je suis sûre que tu dis cela à toutes les jeunes femmes que tu rencontres », lui dit-elle en riant, « tu vois, tu as déjà réussi à me rendre jalouse ».
- « N'aie crainte, mais viens, ne restons pas là et allons plutôt nous asseoir sous ce vénérable hêtre, près du tapis d'anémones des bois. Là, on ne risque en effet pas d'être dérangés pour notre pique-nique et peu de chance également d'être vus si quelqu'un devait malgré tout emprunter ce sentier pour traverser le bois. Et puis, tu pourras aussi composer tout à l'heure un joli bouquet de fleurs pour ta grand-mère... Cela dit, as-tu parlé de notre rendez-vous à quelqu'un ? »
- « Non, à personne... J'ai fait comme tu m'as dit et suis venue aussi vite que j'ai pu, bien trop contente d'enfin pouvoir te rencontrer ! »
- « Je vois que tu as apporté le fromage et le vin comme je te l'ai demandé, ! Et moi, j'ai pensé à la nappe, au tire-bouchon et à deux verres afin que nous puissions trinquer à notre bonheur maintenant si proche. »
Sur ce, il sortit deux petits verres de sa veste en tweed qu'il déposa à même le sol, retira la nappe et le tire-bouchon de son sac et se mit à ouvrir la bouteille de rouge que venait de lui remettre le Petit Chaperon noir. Elle étendit alors la nappe blanche immaculée au pied de l'arbre majestueux et ils s'assirent tranquillement dans la position du lotus. Romulus remplit ensuite généreusement les verres et tendit le plus rempli à la jeune fille.
- « A notre grand et véritable amour ! N'ayons pas de retenue et buvons jusqu'à plus soif ! » lui dit-il en souriant.
- « Santé Romulus, mais l'émotion me fait rougir », lui répondit-elle un peu gênée. « Tout à l'heure, sur le chemin, j'ai croisé un homme qui avait ton allure et te ressemblait étrangement. Je t'avoue avoir été ébranlée. Ce n'était pas toi au moins ? », lui demanda la jeune fille visiblement intriguée.
- « Mais tu hallucines ma chérie... Tu prends des médicaments ? Je ne t'ai jamais vue ni croisée avant le moment que nous sommes en train de partager ensemble. Tu te trompes, je t'assure... » [16] Il ajouta cependant : « C'était peut-être mon frère. A quoi ressemblait-il ? » [17]
- « C'est pas grave mon trésor, laisse tomber, j'ai dû me méprendre, la fatigue sans doute... L'important, c'est que tu sois là... » s'empressa-t-elle de lui répondre, espérant ne pas l'avoir blessé. « Alors comme cela, tu travailles dans l'immobilier ? », l'interrogea-t-elle.
- « Disons que c'est un secteur porteur que je connais assez bien. J'investis en fait dans la brique. J'achète des appartements, les rénove et puis les loue. Cela me permet de bien gagner ma vie ; je n'ai vraiment pas à me plaindre... »
Et, tentant d'associer l'acte à la parole, il sortit un billet de 100 euros fraîchement acquis le matin même pour le compte d'un gros dealer lors de la vente d'ecstasys et qu'il avait déposé dans la poche intérieure de son portefeuille. Il le présenta devant les yeux éberlués de l'adolescente que l'alcool commençait déjà à étourdir.
- « Tu es flambeur à ce que je vois, mais tu sembles avoir de la suite dans les idées et j'aime cela ! Sinon, qu'est-ce qui t'attire chez une femme ? »
- « J'aime qu'elle soit intelligente mais pas trop. J'aime qu'elle soit jeune et belle, qu'elle me montre qu'elle m'aime et se mette toute nue devant moi... »
Tout en parlant, il s'était rapproché du Petit Chaperon noir et se mit à lui caresser l'entrecuisse et à déboutonner son chemisier...
- « Arrête s'il te plaît, je ne veux pas, arrête, je t'en supplie... »
« Comme avant, dans mes rêves d'enfant,
Comme avant, sur un nuage blanc,
Comme avant, allumer le soleil,
Être faiseur de pluie et faire des merveilles ! » [18]
À chaque printemps, dans le bois, sous l'ombrage de ce hêtre centenaire sur la cime duquel des geais se rassemblent pour chanter, fleurissent désormais à côté des anémones, de très jolies et singulières tulipes noires !

[1] D'après Le Petit Robert, « mouvement culturel caractérisé par une esthétique sombre et romantique, parfois macabre, reprenant des thèmes du roman gothique » qui désigne le « récit fantastique à thèmes médiévaux et terrifiants, à la mode en Angleterre après 1760 ». Les principaux domaines du mouvement gothique, né à la fin des années 1970 d'un renouveau musical issu du punk, sont bien entendu la musique, l'esthétique et les autres formes d'art comme la littérature ou le cinéma.
[2] Le chaperon, capuche qui couvre le cou et les épaules, est, bien que déjà quelque peu démodé à l'époque de Charles Perrault, une coiffure féminine populaire et bourgeoise que portaient les enfants des classes aisées afin de se distinguer socialement.
A noter que le chaperon désigne aussi une coiffe de cuir utilisée en fauconnerie pour aveugler les oiseaux.
[3] La légende raconte que la ville d'Albe la Longue située sur la rive droite du Tibre fut un jour dirigée par Numitor et son frère Amulius, qu'un jour ce dernier détrôna Numitor et que, pour qu'il n'existe aucune descendance qui puisse lui voler le trône, il condamna sa fille Rhéa Silvia à être prêtresse du dieu Vesta. Celle-ci donna néanmoins naissance aux jumeaux Romulus et Rémus, engendrés par Mars, le dieu de la guerre. A leur naissance, les deux frères furent mis dans un panier et jetés dans le Tibre avant d'échouer près des sept collines situées à l'embouchure du Tibre. Une louve, appelée Luperca, qui s'approcha du fleuve pour boire, les récupéra et les allaita dans sa tanière située sur le Mont Palatin.
[4] Extrait censuré par délicatesse et non par excès de pudibonderie d'une chanson paillarde intitulée À la claire fontaine (pour les paroles complètes, voir notamment www.justsomelyrics.com/889683/chanson-paillarde-a-la-claire-fontaine-lyrics.html).
[5] Allusion à peine voilée à la chanson L'Aigle noir écrite et interprétée par Barbara dès 1970.
[6] Dans la légende de la fondation de la ville de Rome, Rémus est le frère jumeau de Romulus, tous deux ayant été abandonnés sur le Tibre et sauvés par une louve qui les allaita.
[7] Tentative de manipulation qui consiste à faire passer l'autre pour une personne mauvaise en le culpabilisant et en s'attaquant à ses émotions, éventuellement pour arriver à lui faire faire quelque chose qu'il ne ferait absolument pas en temps normal (voir aussi Tentons d'apporter quelque lumière...).
[8] Dans l'Antiquité romaine, pique attachée horizontalement sur deux autres plantées en terre et sous laquelle on faisait passer les vaincus en guise de soumission.
Un manipulateur tente d'imposer son pouvoir et son emprise sur la victime, en usant de la contrainte morale, de l'asservir totalement, ce qui peut parfois aller jusqu'à la destruction de soi (voir aussi Tentons d'apporter quelque lumière...).
[9] Le fait de confier un secret sur son vécu le plus intime à une personne que l'on connaît à peine peut créer chez cette dernière un trouble ou un excès d'empathie qui peut parfois amener la victime à se confier en retour, confidences dont se servira ultérieurement le manipulateur pour prendre le contrôle de sa victime (voir aussi Tentons d'apporter quelque lumière...).
[10] Episode légendaire de l'histoire de Rome, l'Enlèvement des Sabines a été raconté en détail par Tite-Live dans son Histoire romaine et immortalisé par des peintres tels Nicolas Poussin (1594-1665) dans au moins deux versions dont l'une, réalisée vers 1633 - 1634, se trouve au Metropolitan Museum de New York et l'autre, datant des années 1637 - 1638, au Musée du Louvre à Paris, ou Peter Paul Rubens (1577 - 1640), probablement entre 1635 et 1640 (The National Gallery à Londres).
Peu après la fondation de Rome, Romulus organise des jeux équestres auxquels il invite les Sabins, les habitants du Quirinal et du Capitole, à participer, mais s'agissant d'un piège, les femmes sont alors emmenées de force par les Romains qui souhaitent les prendre pour épouses et ainsi repeupler la ville. Romulus tentera d'expliquer que ce rapt se réfère à une « noble et ancienne coutume grecque », mais seule l'intervention des Sabines, entretemps devenues romaines, parviendra à mettre un terme aux représailles du roi sabin Titius Tatius lors de l'attaque du Palatin.
[11] Du latin cor, cordis : cœur, et linea : fil de lin, ficelle et ligne, trait, pourrait donc signifier la ligne du cœur, bien que l'étymologie grecque reste plus plausible (koralin : jeune fille).
[12] Du grec sophia : sagesse, science.
[13] Serait une latinisation du nom macédonien Berenikê ou Beronikê (Bérénice) qui signifie « Qui porte la victoire ». C'est d'ailleurs le nom de la troisième épouse de Ptolémée Ier, reine de la dynastie alexandrine des Lagides (232 à 30 av. J.-C.).
Une étymologie latine lui est également parfois attribuée, le nom étant constitué de vera (vraie) et icon, iconis (image), suivant la tradition de sainte Véronique qui a essuyé le visage du Christ pendant sa montée au Calvaire et qui est représentée à la 6ème station du chemin de croix. Elle aurait utilisé le voile qui couvrait sa tête pour essuyer son visage. L'image supposée avoir été recueillie sur ce linge prit alors le nom de Sainte Face. Peut-être pouvons-nous voir ici un parallèle avec le personnage de Narcisse (voir Tentons d'apporter quelque lumière..., note 12) qui s'éprit de lui-même en contemplant son propre reflet dans l'eau d'une fontaine et qui fut métamorphosé en la fleur qui porte son nom.
[14] Déclarer à une personne que l'on a un coup de cœur pour elle mais aussi pour plusieurs autres fait partie des techniques de manipulation puisque, de cette façon, le manipulateur insinue sournoisement de la concurrence et de la jalousie dans l'esprit de sa victime, visant de ce fait à jouer avec ses sentiments et à renforcer le lien de dépendance à son égard tout en veillant à créer de l'animosité et de la distance entre les concurrentes présumées (voir aussi Tentons d'apporter quelque lumière...).
[15] La légende de Rome raconte que désirant fonder une nouvelle ville, Rémus et Romulus consultèrent les auspices à la manière étrusque : Romulus vit douze vautours survoler le Palatin et Rémus n'en aperçut que six depuis l'Aventin. Romulus traça alors au sommet du mont Palatin une enceinte creusée par une charrue pour délimiter la nouvelle ville et jura de tuer quiconque la franchirait. Rémus désobéit et pénétra à l'intérieur en se moquant de lui. C'est la raison pour laquelle Romulus le tua.
[16] Technique de manipulation mentale, appelée détournement cognitif et gas-lighting ou gaslighting par les anglo-saxons, et qui consiste à faire douter la victime de sa mémoire, de ses capacités (et de sa santé) mentales, de ce qu'elle a vu ou ressenti. Le manipulateur nie ici avec un aplomb incroyable des faits qui se sont pourtant bien déroulés. Cela peut donc aller d'un simple déni par le manipulateur de moments particuliers, souvent pénibles qu'il a pu faire subir à la victime, jusqu'à une véritable mise en scène d'événements étranges, dans le but de la désorienter complètement.
Le terme gaslighting provient en fait d'une pièce de théâtre, Gas Light, et de son adaptation cinématographique, avant d'être plus largement répandu dans le domaine clinique et la littérature depuis les années 1960. Dans son livre Le secret le mieux gardé : l'exploitation sexuelle des enfants (Ed. Denoël-Gonthier, 1980), traduit de l'américain The Best Kept Secret, Florence Rush, travailleuse sociale américaine et théoricienne féministe qui fut « la première à remettre en question les théories de Freud sur les enfants vus comme des séducteurs plutôt que victimes du pouvoir des adultes », commente le vocable gaslighting en ces termes : « même aujourd'hui, le mot est utilisé pour décrire une tentative de détruire la perception de la réalité d'autrui » (voir aussi Tentons d'apporter quelque lumière...).
[17] Technique de projection mentale qui représente un véritable mécanisme de défense des manipulateurs, en ce sens que, refusant catégoriquement d'assumer leurs actes, ils peuvent donc dire n'importe quoi pour éviter d'en être tenus responsables. Et bien souvent, c'est la victime elle-même qui est désignée comme bouc émissaire, comme si, le fardeau étant trop lourd à porter, le manipulateur devait se débarrasser de sa culpabilité voire de sa honte inconsciente en accusant quelqu'un d'autre (voir aussi Tentons d'apporter quelque lumière...).
[18] Extrait de la chanson L'Aigle noir (voir note 8 reprise ci-dessus). Paroles complètes à découvrir notamment sur www.paroles.cc/chanson,l-aigle-noir,14766.
Emportée le 24 novembre 1997 à l'âge de 67 ans, Barbara, née Monique Serf, laissera un livre posthume autobiographique Il était un piano noir... Mémoires interrompus (Ed. Fayard, Paris, 1998) qui sortira en septembre 1998 et qui contient un secret sur son enfance qu'elle n'avait encore jamais révélé : afin d'échapper à la persécution des Juifs, sa famille se réfugie d'un lieu à l'autre sous de fausses identités, mais un soir à Tarbes, pour la petite fille qui n'a alors que 10 ans, l'« univers bascule dans l'horreur » lorsque son père commet l'irréparable pour la première fois. C'est là le sens caché, « psychanalytique et historique », véhiculé au travers des paroles d'un tel chef-d'œuvre qu'est L'Aigle noir.
